Souffrances mentales : Quelles mesures d'accompagnement au travail ?
L'agence européenne pour la sécurité et la santé au travail a publié un guide de conseils et bonnes pratiques pour soutenir les personnes souffrant de problèmes de santé mentale et créer des lieux de travail inclusifs.
Le rapport de l’Eu-Osha rappelle que « le stress, la dépression ou l’anxiété constituent la deuxième famille de problèmes de santé liés au travail les plus fréquents dans l’UE ». Un employeur doit donc, en premier lieu, créer et maintenir un environnement de travail « sain » au regard de la santé mentale.
Les auteurs précisent les axes de travail qui sont : prévenir les facteurs de RPS au travail et promouvoir la santé mentale, soutenir les groupes susceptibles d’être les plus exposés aux facteurs de RPS et favoriser le retour au travail des personnes souffrant d’un problème de santé mentale.
1. Créer un environnement de travail favorable à la santé mentale
L’Eu-Osha liste différentes bonnes pratiques en ce sens. Certaines devraient déjà faire partie d’une démarche de prévention plus globale, comme les mesures génériques de prévention des RPS (qui s’adressent à tous les travailleurs). Néanmoins, les auteurs insistent sur des actions qui concernent directement la santé mentale, par exemple le fait d’avoir une politique écrite sur le sujet l’engagement de l’employeur à :
- prévenir les facteurs de RPS liés au travail et à promouvoir le bien-être ;
- soutenir les travailleurs les plus exposés à ces facteurs ;
- aider les travailleurs confrontés à un problème de santé mentale lié au travail à continuer à travailler ou à retourner au travail ;
- promouvoir la santé mentale et le bien-être sur le lieu de travail ;
- consulter et impliquer les travailleurs et leurs représentants sur les politiques et les actions.
Pour passer à l’action, le rapport donne des exemples de stratégies comme celle du groupe Deutsche Post DHL qui a mis en œuvre des mesures comme la formation des managers, un forum de discussion avec des experts, des modalités de travail flexibles, des bilans de santé des travailleurs, et des événements qui renforcent l'esprit de groupe et l'engagement.
Globalement, l’objectif est de « traiter les problèmes de santé mentale de la même manière que les problèmes de santé physique ». Selon les auteurs, une approche similaire doit être mise en œuvre pour un retour au travail après un problème de santé mentale ou après une crise cardiaque ou un cancer.
Remarque : le rapport donne des exemples de pratiques pour créer des lieux de travail inclusifs et soutenir les groupes vulnérables au travail (pages 10 et 11).
2. Aménagements pour le retour au travail
Les auteurs recommandent de suivre certains principes pour un retour au travail après un problème de santé mentale :
- faire en sorte que le travailleur se sente valorisé et respecté ;
- adapter le plan de retour au travail et les aménagements aux besoins de l'individu ;
- se concentrer sur la capacité de travail du travailleur - ce qu'il peut faire –- et ce pour quoi il peut avoir besoin d'aide ;
- impliquer le travailleur et écouter ses souhaits et ses opinions ;
- élaborer un plan de retour au travail, en concertation avec le travailleur, adapté à ses besoins, et avec les personnes concernées (la coordination entre tous les acteurs est cruciale).
Les aménagements peuvent être de plusieurs types, et notamment :
- au niveau du temps et des rythmes de travail : horaires réduits, démarrage plus tardif - par exemple en cas de troubles du sommeil -, horaires flexibles ou télétravail, congés pour des rendez-vous médicaux ;
Remarque : concernant le télétravail, les auteurs reconnaissent que cela peut aider des personnes à gérer un problème de santé mentale (gain de temps et de stress lié à l’absence de trajet), mais selon eux, le télétravail peut aussi entraîner une augmentation de la pression temporelle, des heures de travail plus longues et un isolement social, ainsi qu'un risque accru de TMS si ces facteurs ne sont pas gérés.
- sur le travail lui-même (les tâches) : temps supplémentaire pour apprendre de nouvelles tâches, structuration des tâches ou décomposition, aide à la planification des tâches, échange du travail avec des collègues, changement de poste ;
- sur l’environnement de travail : espace de travail calme (bruit réduit), éclairages qui simulent l’éclairage naturel, « bruit blanc » ;
soutien et accompagnement : coaching ou formation supplémentaires, soutien supplémentaire pour des tâches spécifiques, mentorat ou compagnonnage avec un collègue.
Une combinaison de plusieurs mesures peut s'avérer nécessaire.
Le rapport donne des exemples concrets comme celui d’une salariée qui souffrait de dépression. Craignant le pire, elle a révélé son état, mais son patron a tout fait pour la soutenir en lui proposant des réunions hebdomadaires pour hiérarchiser sa charge de travail, des horaires de travail flexibles et des siestes l'après-midi pour faire face aux effets secondaires des médicaments. Cela lui a permis de se rétablir rapidement et de rester au travail.
Un site internet répertorie les meilleures pratiques.