Agents du nettoyage : l’Anses alerte sur des conditions de travail à risques et des mesures de prévention insuffisantes
Paris — Horaires fragmentés, travail physique intense, exposition à des produits chimiques… Les agents du nettoyage sont confrontés à une multitude de risques professionnels souvent sous-estimés, alerte l’Anses dans un rapport publié le 13 novembre. L’étude, menée entre 2021 et 2024, souligne que les conditions de travail dans ce secteur génèrent des situations difficilement soutenables, en particulier pour les populations précarisées.
Un secteur majoritairement féminin et vulnérable
Le rapport estime que 1,2 à 1,4 million de personnes travaillent dans le nettoyage en France, dont 73,5 % de femmes et 20 % de travailleurs immigrés. La précarité, le temps partiel et les bas salaires sont fréquents, tandis que la sous-traitance touche aujourd’hui plus de 35 % des emplois, contre 18 % en 1982, et jusqu’à 65 % dans le secteur privé. Cette externalisation complexifie le suivi médical et la mise en œuvre de mesures de prévention.
Une poly-exposition à des risques multiples
Les travailleurs du nettoyage cumulent des risques physiques (TMS, lombalgies, pathologies aux épaules, canal carpien, genoux), chimiques (produits de nettoyage irritants ou sensibilisants), biologiques et routiers. Les risques psychosociaux sont également élevés, liés à l’intensité du travail, l’isolement, la précarité et la perception sociale des tâches effectuées. Selon l’Anses, leur état de santé déclaré est inférieur à la moyenne des salariés, avec une sinistralité accrue, des maladies professionnelles fréquentes et un risque de désinsertion professionnelle plus élevé.
Des recommandations pour améliorer la prévention
L’agence formule plusieurs préconisations :
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adapter l’organisation des temps de travail pour privilégier les interventions en journée ;
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faciliter l’accès à la formation et aux dispositifs de prévention adaptés ;
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mettre en place des actions spécifiques pour prévenir les TMS ;
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pour les activités externalisées, renforcer la responsabilité des donneurs d’ordre, intégrer les sous-traitants dans le dialogue social et étudier la répartition du coût des cotisations AT/MP entre prestataires et donneurs d’ordre.
L’Anses souligne la nécessité de réformer la prévention dans un secteur exposé à des risques multiples et à une forte précarité, afin de protéger la santé physique et mentale des travailleurs et limiter la désinsertion professionnelle.