Rayonnements ionisants : deux points d'attention du bilan 2025 de l'ASNR pour les employeurs publics
L'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) a publié son bilan annuel de la surveillance des travailleurs exposés aux rayonnements ionisants. Sur les 38 travailleurs dont la dose a dépassé la limite réglementaire en 2025, 30 étaient exposés au radon provenant du sol. Le second point tient au milieu hospitalier, où l'ASNR juge la culture de radioprotection perfectible.
Un bilan annuel prévu par le code du travail
L'ASNR établit ce bilan chaque année, en application de l'article R. 4451-134 du code du travail, à partir de SISERI, la base nationale qui centralise les résultats de la surveillance dosimétrique individuelle.
Elle ne couvre pas tous les agents exposés, mais trois catégories que le code du travail désigne séparément :
- les travailleurs classés en catégorie A ou B, le classement intervenant au-delà de 1 mSv par an ;
- les travailleurs exposés au radon provenant du sol au-delà de 6 mSv par an, qui relèvent d'un seuil propre ;
- ceux que l'employeur identifie comme pouvant intervenir en situation d'urgence radiologique.
265 484 travailleurs ont été suivis à ce titre en 2025, soit 7 % de plus qu'en 2024.
Les niveaux d'exposition baissent : 0,32 mSv de dose efficace moyenne, contre 0,35 mSv l'année précédente, et 90 % des travailleurs suivis en dessous de 1 mSv, le seuil à partir duquel un travailleur doit être classé.
Le radon provenant du sol concentre les dépassements
116 travailleurs ont été suivis au titre du radon provenant du sol, soit 78 % de plus qu'en 2024. Leur dose efficace moyenne s'élève à 10,69 mSv, très au-dessus de celle de tous les autres domaines, et 62 % d'entre eux ont dépassé 6 mSv. Trente ont dépassé la valeur limite de 20 mSv sur douze mois consécutifs, sur les 38 dépassements recensés tous domaines confondus.
Ce chiffre demande une lecture prudente, et l'ASNR la donne elle-même : « L'augmentation de la dose collective ne doit pas être interprétée comme le reflet d'une hausse de l'exposition des travailleurs » (communiqué du 14 septembre 2026). Deux causes se combinent :
- les coefficients de calcul de la dose, révisés par l'arrêté du 16 novembre 2023, conduisent à doubler voire quadrupler la dose enregistrée pour une exposition identique ;
- les employeurs appliquent mieux leurs obligations, donc davantage de travailleurs sont suivis.
La révision des coefficients pèse lourd : à exposition identique, la dose calculée est aujourd'hui multipliée par environ deux pour un agent sédentaire et par quatre pour un agent qui fournit un effort physique (cf note en fin de contenu expliquant ce calcul).
Hors radon, le nombre de dépassements varie peu d'une année sur l'autre.
Ce que cela change pour une collectivité
Sont visés les lieux de travail situés en sous-sol et en rez-de-chaussée, ainsi que les lieux souterrains dont la liste est fixée par l'arrêté du 30 juin 2021 : égouts, tunnels, galeries, caves, carrières, grottes. Une collectivité est concernée dès que ses agents y interviennent.
La chaîne d'obligations est la suivante : l'employeur évalue le risque, met en place une zone radon si la concentration dépasse le niveau de référence de 300 Bq/m³ en moyenne annuelle (article R. 4451-10), puis, si l'évaluation individuelle conclut à une dose supérieure à 6 mSv sur douze mois glissants, met en place la surveillance dosimétrique individuelle et le suivi individuel renforcé.
Ces règles figurent au livre IV de la quatrième partie du code du travail : elles s'appliquent aux collectivités territoriales comme aux établissements publics de santé. Le ministère chargé du travail a publié en décembre 2025 un guide pratique de prévention du risque radon et un questions-réponses.
L'ASNR pose elle-même la question de la couverture de cette surveillance : 116 travailleurs suivis pour toute la France, est-ce parce que la prévention maintient les doses sous le seuil, ou parce que les employeurs ne se sont pas tous saisis du sujet ? Un événement déclaré en 2025 donne la mesure du risque : dans une cavité agricole, trois travailleurs ont dépassé la valeur limite sans faire l'objet d'aucune surveillance.
Le milieu hospitalier, une culture de radioprotection perfectible
Le second point concerne les activités médicales. Avec 110 438 travailleurs suivis, le sous-domaine médical hors dentaire est le plus nombreux, et c'est celui dont la dose moyenne est la plus faible, 0,06 mSv.
Les moyennes ne disent pas tout. Ce sous-domaine enregistre en 2025 :
- quatre dépassements de la limite de 20 mSv pour la dose efficace, trois en radiodiagnostic et un en pratiques interventionnelles radioguidées ;
- un dépassement de la limite de 500 mSv aux extrémités, en pratiques interventionnelles radioguidées, avec 612,8 mSv ;
- trois dépassements de la limite au cristallin, abaissée de 150 à 20 mSv par an depuis 2023 ;
- 70 événements significatifs de radioprotection déclarés, sur les 409 recensés tous domaines confondus.
La conclusion du rapport est explicite : ces dépassements et ces événements « témoignent d'une culture de radioprotection perfectible » (page 55).
Un point mérite l'attention des établissements : l'effectif suivi pour le cristallin a augmenté de 29 % et la dose moyenne y a doublé. L'ASNR explique cette hausse apparente par le fait qu'une part croissante des doses est estimée par extrapolation plutôt que mesurée par un dosimètre adapté, une dérogation qui suppose de démontrer une fiabilité équivalente à la mesure et de consulter l'instance compétente, comité social territorial ou comité social d'établissement.
Pour aller plus loin
- Bilan 2025 de l'exposition professionnelle aux rayonnements ionisants, rapport ASNR 2026-00327, 100 pages
- expro.asnr.fr, version interactive du bilan et cinq bilans précédents
- Radon dans les lieux souterrains : le Conseil d'État précise qui fixe le calcul de la dose
- Arrêté du 4 septembre 2026, la règle de calcul de la dose de radon dans les lieux spécifiques est abrogée
Comment se calcule la dose due au radon ? : Le radon n'est pas mesuré directement. Ce que mesurent les détecteurs portés par les agents, c'est l'énergie dégagée dans l'air par ses descendants radioactifs, ceux que le travailleur inhale. Pour passer de cette mesure à une dose exprimée en millisieverts, on la multiplie par un coefficient fixé par arrêté : ni une limite ni un seuil, un simple facteur de conversion.
Jusqu'en 2024, ce facteur valait 1,4 pour toutes les situations de travail. L'arrêté du 16 novembre 2023 en retient désormais deux, parce qu'un agent qui fournit un effort respire davantage et inhale donc plus de descendants : 3 pour un travail majoritairement sédentaire, bureaux et tertiaire, et 6 pour un travail comportant un effort physique, travaux, maintenance ou entretien. Pour le travail en grotte touristique, la Commission internationale de protection radiologique recommande le coefficient de 6.